Retraites

Acquis sociaux

« Toute la prétendue législation sociale, toutes les mesures étatiques tendant à « protéger » le travail et à assurer aux travailleurs un minimum de bien être et de sécurité, ainsi que tous les moyens utilisés par les capitalistes intelligents pour lier les ouvriers aux usines par des primes, des pensions et d’autres bénéfices, quand ils ne sont pas des mensonges et des pièges, sont un pas vers cet état de servitude qui menace l’émancipation des travailleurs et le progrès de l’humanité.

Salaire minimum garanti par la loi ; limitation légale de la journée de travail ; arbitrage obligatoire ;contrat collectif de travail ayant une valeur juridique ; personnalité juridique des associations ouvrières ; mesures d’hygiène prescrites par le gouvernement dans les usines ; assurances étatiques pour les maladies, le chômage, les accidents de travail ; pensions de vieillesse ; participation aux bénéfices, etc., autant de mesures qui donnent aux travailleurs (lorsqu’elles existent) un peu de bien être et de sécurité, mais les privent du peu de liberté qu’ils ont et tendent à perpétuer la division des hommes en patrons et esclaves.

Il est certes bon en attendant la révolution – et aussi pour la faciliter – , que les travailleurs cherchent à gagner plus et à travailler moins d’heures dans de meilleures conditions ; il est bon que les chômeurs ne meurent pas de faim ; que les malades et les vieux ne soient pas abandonnés. Mais tout cela et bien plus, les travailleurs doivent l’obtenir par eux-mêmes, par la lutte directe contre les patrons, par leurs organisations, par l’action individuelle et collective, en développant en chacun le sentiment de la dignité personnelle et de la conscience de ses droits.

Les dons de l’Etat, les dons des patrons sont des fruits empoisonnés qui portent en eux les germes de la servitude. Il faut les repousser. »

Errico MALATESTA (1853-1932)

Ce que l’on a coutume d’appeler les acquis sociaux n’est rien d’autre que le résultat du rapport de forces qui existe à un moment donné entre la classe ouvrière et le patronat. Celui-ci reste à l’affût des moments de démobilisa on pour les reme re en cause. Les lois ne sont pas des garanes : elles se font et se défont au gré du vent. Quant à l’arbitrage de l’Etat et de ceux qui le dirigent, ce e dernière décennie nous a donné la preuve, si besoin était, qu’il était rarement en notre faveur.

TRANCHES DE VIE

On aimerait rêver d’un monde intelligent où l’on pourrait interrompre ses études pour entrer dans la réalité de la vie active puis les reprendre avec une conscience plus nette de ce qu’on a envie de faire. Ou bien partir à la découverte du monde, revenir riche de connaissances et en faire profiter les autres. On pourrait…

Mais dans le monde capitaliste, nous ne sommes que des outils. Notre vie est découpée en tranches : la première pour emmagasiner les connaissances qui feront de nous des ouvriers productifs, la deuxième pour rentabiliser ces connaissances au profit des patrons et pour finir, après avoir été vidés de notre substance, le rebut.

Aujourd’hui, l’espérance de vie ayant augmenté, le patronat pense qu’il peut tirer encore plus de nous : rallonger la durée de notre exploitation et, s’en prendre à nos retraites. Ce faisant, il omet de dire que dans certaines professions l’espérance de vie est de 10 ans inférieure à la moyenne et qu’en rallongeant la période d’activité on réduirait d’autant cette même
espérance de vie. Sa volonté, c’est de nous imposer 45 années de cotisation pour nous donner droit à une retraite complète. Cela reporte la retraite à 65 ans pour ceux qui sont entrés dans le marché du travail à 20 ans. En tenant compte de l’allongement des études et des périodes de chômage cela
reportera l’échéance à 70 ans… pour ceux qui ne seront pas morts au travail.

Rester actifs après soixante ans, et pourquoi pas jusqu’à 100, nous sommes plutôt pour. Mais continuer à nous faire exploiter au-delà de la soixantaine alors que notre volonté est d’en finir à jamais avec toute forme d’exploitation, disons le tout net, nous sommes résolument contre.

40,5 ans à enrichir les patrons, c’est trop, beaucoup trop !

LES FONDS DE PENSION :
une arme contre les travailleurs.

Les fonds de pension (retraites par capitalisation) représentent des sommes colossales qui sont converties en actions par les sociétés financières qui les gèrent. Bien évidemment, elles sont investies là où ça rapporte le plus et le plus vite : dans les entreprises les plus rentables. Celles-ci, pour garder la confiance de ces investisseurs se livrent une compétition féroce ; elles se voient dans l‘obligation de rentabiliser la matière première et la main d’œuvre (flux tendu, annualisation du temps de travail…). Dans ce cadre, licencier sans diminuer la production, augmentant ainsi bénéfices et dividendes est une opération juteuse
( voir Danone ou Michelin qui a vu ses actions monter en bourse après avoir annoncé une vague de licenciements). Pour les travailleurs, cela se traduit par plus de productivité, de flexibilité, d’exploitation…

Souscrire à ces fonds de pension c’est donner au capital les armes de notre asservissement.

De plus, la retraite par capitalisation reste très hypothétique. Qui nous garantit que les sociétés financières qui gèrent nos « cotisations », en pensant à leur propre profit en premier lieu, ne feront pas faillite
comme ça c’est produit pour ENRON ? Aujourd’hui, elles cherchent de nouveaux « cotisants » pour pouvoir verser les pensions à leurs premiers clients sans avoir à revendre des actions qui leur rapportent de juteux bénéfices. Et si ça ne marchait pas ?

LES PATRONS NOUS MENTENT


Le rallongement des cotisations à 45 annuités serait rendu nécessaire par l’allongement de la durée de vie ce qui est faux car la productivité augmente année après année ; la population active, produisant plus, est donc en mesure de subvenir aux besoins d’un plus grand nombre de retraités.

Aujourd’hui, les patrons cherchent à se débarrasser des travailleurs les plus âgés et parfois dès l’âge de 45 ans, plus assez productifs à leur goût, en les mettant en préretraite avec 50 % du salaire ou en les licenciant ce qui, à 50 ans, revient à être ex clu définitivement du marché du travail.

Demain il en sera de même mais avec une retraite de misère puisqu ’on n’aura pas les 45 annuités nécessaires pour percevoir une retraite complète. Ceux qui en auront les moyens se verront dans l’obligation de souscrire des retraites par capitalisation. Mais, avec l’emploi qui se précarise et les contrats à durée limitée qui se généralisent, combien en auront les moyens ? Pour les patrons, cela se traduira par une diminution de leurs « charges » : c’est tout bénéfice !

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