Algérie – l’insurrection de 2001

« C’est au cri de « Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts ! » que pendant plusieurs semaines les jeunes émeutiers se sont battus contre les forces de police et la gendarmerie. Réduits à l’état de morts-vivants par la société algérienne, ils savaient qu’il leur fallait la détruire pour commencer de vivre. (« Nous répondrons au néant par l’anéantissement de ses géniteurs », déclarait en juillet l’un d’eux.) À partir du 21 avril, principalement en Kabylie, mais aussi à partir du 10 juin à Khenchela (dans les Aurès), du 11 à Skikda (au nord de Constantine) et du 16 dans tout l’est du pays (à Oum El Bouaghi, Batna, Tébessa, Biskra, El Tarf, etc.), ils ont dressé : des barricades, coupé des routes, pris d’assaut des gendarmeries et des commissariats ; ils ont attaqué un siège de préfecture (à Tébessa, alors que deux ministres se trouvaient à l’intérieur), incendié ou saccagé nombre de tribunaux (aux Ouacifs, le palais de justice, tout juste terminé, a été réduit en cendres), des recettes des impôts, des postes et des locaux de sociétés publiques, des sièges de partis politiques (au moins trente-deux), des banques, des bureaux de la Sécurité sociale, des parcs communaux, etc. La liste est forcément incomplète, et serait-elle complète qu’elle ne donnerait encore qu’une faible idée de l’ampleur du mouvement. Mais on voit tout de même que les insurgés avaient entrepris de nettoyer le terrain de toutes les « expressions matérielles de l’État ». (Il fallait la civique bêtise du Monde diplomatique pour blâmer suavement les émeutiers de parachever ainsi la dégradation du «service public» et se demander si, ce faisant, « la foule des laissés-pour compte » ne participait pas « à son propre affaiblissement ». »

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